La vie d'Armand Marquiset: 1900-1981

«L'idée des petits frères s'était cristallisée en moi progressivement ...»

Né en 1900, il grandit, choyé et comblé, dans une famille parisienne riche d'argent comme de relations.
Bientôt il mène grand train, il connaît tout le monde, il rencontre à Hollywood les idoles de l'époque, Isadora Duncan, Mary Pickford, Douglas Fairbanks. Il est «in», dans le vent, assez dépensier, bon vivant, entouré d'amis.

  «Quelque peu atterrée par le train de vie que je menais, ma grand-mère me dit:
<Mon pauvre Armand, tu mourras sur la paille!>»

Ce qui le passionne, c'est la musique. Dès 1921, il suit les cours de Nadia Boulanger, il compose, il deviendra musicien.

Mais au coeur même de ces «années folles» une «folie» d'un autre genre grandit en lui. Il accompagne sa grand-mère chez des gens âgés très pauvres ayant perdu leur fils à la guerre de 14-18.

    «Elles m'embrassaient et me disaient: <Vous me rappelez mon fils ..>
Cela a certainement été en moi le début des petits frères, que j'allais créer 25 ans plus tard.
»

Cette première rencontre avec la Pauvreté fait en lui son chemin. En 1930, la mort de sa grand-mère est un choc décisif: il abandonne la musique et va servir la soupe chaude aux clochards de la «Mie de pain» . Il se rend en pèlerinage à Lourdes «sans argent»: Avec l'argent dont il dispose il aide les autres, il fonde des oeuvres pour les artistes au chômage, pour les enfants pauvres de la banlieue. Il est envahi par le désir de rendre heureux ceux qui ne le sont pas.

Mai 1939: la guerre. Réaliste, Armand va droit aux urgences du moment. Dès 1940, il met au vert dans sa maison d'Auvergne des enfants que menacent les bombardements et la sous-alimentation. On le retrouve à Lyon chargé du ravitaillement des réfugiés d'Alsace-Lorraine. D'autres missions le mènent en Afrique du Nord, en Espagne, lui font redouter la Gestapo.

Enfin, 1945: la Libération, la Victoire. Le voilà libre pour le grand projet qui a mûri sept ans dans son coeur:
les petits frères des Pauvres.

    «L'idée des petits frères s'était cristallisée en moi progressivement. être entièrement consacré aux Pauvres Mais il fallait abandonner beaucoup de choses Ce n'était pas facile J'allais souvent prier à Notre­Dame, demander la grâce d'accepter les < petits frères >: C'était comme un jeu de cache-cache. Plus je les désirais moins je me sentais prêt à dire le oui final.
Le vendredi 7 Juillet 1939, j'étais au pied de Notre­Dame lorsque soudain j'eus l'impression qu'ils fondaient littéralement sur moi, qu'ils entraient en moi comme un ouragan. Tout était transformé. J'avais dit oui aux petits frères. Lorsque je sortis de la cathédrale, j'eus l'impression que je volais. Ce jour reste le plus beau de ma vie. Je pensais alors m'installer aux Lilas à Noël pour m'occuper des enfants. La guerre changea ces plans.
»
    «La guerre finie, je me dis: < Ton rendez-vous avec les petits frères a lieu maintenant ou jamais >. J'allai trouver mon ami l'Abbé Audouin (Curé de St-Ambroise dans le XIe arrondissement de Paris) qui me dit de suite: <Mon petit Marquiset, les plus pauvres aujourd'hui ce sont les vieillards, c'est d'eux que vous devez vous occuper>»

Épousant à nouveau le réel, le plus urgent, Armand se tourne donc - en priorité mais sans exclusive - vers les personnes âgées les plus pauvres.

Pâques 1946

     «L'Abbé Audouin m'avait donné une liste de 100 vieillards pauvres du quartier et c'est à eux que je portais les cent premiers colis de Pâques Puis aux 30 qui me semblaient les plus pauvres, je commençais à apporter deux fois par semaine un repas chaud que je préparais moi-même.»

Armand leur apporte donc des colis et des repas, mais aussi et surtout son affection, sa présence, et des fleurs. Très vite son action étonné, intéresse, enthousiasme des centaines de gens qui deviennent les premiers bénévoles.

On découvre que de très nombreuses personnes âgées, qui n'ont plus de famille à proximité, qui ont vu leurs économies s'évaporer, vivent dans une solitude et une misère qu'on ne soupçonnait pas, les uns dans des appartements trop grands, d'autres dans des taudis, n'ayant pas de quoi se chauffer ni parfois de quoi manger tous les jours.

Les besoins sont énormes. Il faut le faire savoir, il faut susciter les dévouements et les générosités.

Dans le local qu'on lui a prêté rue Léchevin, Armand fait fonctionner la cuisine en permanence et dans la grande salle où l'on confectionne les colis, on écrit des lettres jusqu'à minuit. Armand pratique déjà ce qu'on appellera plus tard le «mailing»: envoyer des lettres, expliquer par écrit ce qu'il fait et demander aux gens leur aide. On place aussi dans tous les petits commerces, boulangeries, charcuteries, etc. des troncs des petits frères près de la caisse. Donnera qui voudra.

Noël

Très vite, la fête de Noël devient pour les petits frères le temps fort, la fête par excellence. Pour les gens seuls, en effet, ce jour est encore plus vide que les autres. On invente pour eux des réveillons très festifs, avec foie gras, dinde aux marrons, bûche de Noël, bougies, sapin, etc. et surtout une ambiance d'amitié, de gentillesse, des contacts personnels qui souvent donnent lieu à des confidences. Moments de vie uniques pour les bénévoles autant que pour les Vieux Amis.

Les vacances

La plupart de ces gens âgés n'ont jamais quitté leurs quatre murs depuis des années, ils n'ont pas de vacances. Certains n'avaient jamais vu la mer ... Armand aménage sa maison natale, à Montguichet, pour offrir à quelques-uns des vacances.

    «En 1952, voulant augmenter le nombre des invités de vacances, les petits frères cherchèrent un château. Ils trouvèrent le château d'Achy, construit en 1643, année de la mort de Louis XIII. Des dons très généreux permirent de le payer en quatre mois. Ensuite, il fallut deux ans et 150 voyages pour l'installer, le meubler le décorer.
Au 1 er étage, la chambre Henri II, la chambre Louis XIV, la chambre Louis XVI, la chambre Empire.
Au 2 e, le salon blanc, une chambre de velours bleu que l'on offrit à une princesse russe qui vivait dans une chambre de bonne au 7 e étage, etc.
»

Ce fut le début des «châteaux du bonheur». Car beaucoup d'autres maisons de vacances inspirées du même esprit furent ouvertes par la suite.

La bague de diamants

A Achy, furent fêtées les noces de diamant de M. et Mme. G. Les petits frères offrirent à la vieille dame une bague de diamants. Et quand est venu son dernier jour sur cette terre, la bague n'a pas été ôtée de son doigt. Il y eut des tollés d'indignation! Combien de repas n'aurait-on pas donné aux affamés avec le prix de ces diamants? ... Mais peu après les petits frères ont reçu une lettre:

    «Je vous donne l'abbaye de La Prée, surtout à cause de la bague de diamants.»

Cette abbaye de La Prée (Indre) construite par Saint-Bernard en 1128, est devenue une splendide maison de vacances pour nos Vieux Amis et un peu le joyau spirituel des petits frères.

En 1948, à Casablanca, Armand est venu parler de son action. Un jeune se présente, prêt à le suivre. Au lieu de l'emmener avec lui en France, il lui confie aussitôt la mission de créer un groupe de petits frères sur place, au Maroc ... Dans son esprit, il s'agit déjà « d'embraser d'amour » le monde entier.

De 1953 à 1960 naissent les petits frères de Lyon, de Marseille, puis de Nantes, de Lille, de Toulouse. Pour Paris et sa banlieue, quatre fraternités: Paris-Est (rue Léchevin), Paris-Ouest (près de la Place Clichy), Paris-Sud (Montparnasse), et Banlieue parisienne (Versailles, Colombes, Maisons-Alfort, Le Pré-Saint-Gervais).

Hors de France - outre Casablanca - les petits frères s'implantent en 1959 à Chicago, plus tard à Minneapolis-St-Paul, Boston, Hancock/Houghton County (Michigan), San Francisco, Philadelphie et Cincinatti; ils sont présents également à Montréal (Canada), à Dublin (Irlande), au Mexique, à Barcelone (Espagne), à Berlin (Allemagne).

En outre, dans de nombreuses villes de France, des associations « des petits frères» agissent auprès des personnes âgées dans le même esprit.

* * *
Armand Marquiset a quitté ce monde te l4 juillet 1981. Dans une lettre d 'adieu à tous les petits frères, il leur dit:
«'ai vécu ce passage terrestre en essayant d'aimer, de Servir et de semer du bonheur » .

[L'action] [Les Valeurs] [Personnes âgées] [Écrivez-nous!] [Le financement] [Page d'accueil] [Armand Marquiset] [Marquiset No. 2] [Résumé] [Les bénévoles] [Les adresses int.] [Language]