La dissolution de l’USAID : une décision aux conséquences humanitaires mondiales

Depuis le début de son second mandat en janvier 2025, le président américain Donald Trump a pris une série de mesures visant à redéfinir en profondeur la politique étrangère américaine. Parmi les plus marquantes figure la dissolution complète de l’USAID (United States Agency for International Development), principal opérateur de l’aide humanitaire et au développement des États-Unis. Une décision aux conséquences dramatiques qui bouleverse en profondeur l’équilibre de l’aide internationale.

 

Qu’est-ce que l’USAID ?

Créée en 1961 par le président John F. Kennedy, l’USAID est l’agence gouvernementale chargée de la mise en œuvre de l’aide extérieure américaine. Grâce à ses différents programmes, ses objectifs principaux sont : promouvoir un développement économique durable, améliorer les systèmes de santé et d’éducation, et répondre aux crises humanitaires. En pratique, l’USAID agit dans 177 pays, en coordination avec les Nations Unies, les ONG internationales et les gouvernements locaux.

Parmi ses programmes phares figurent le PEPFAR (lutte contre le VIH/sida), l’aide alimentaire d’urgence, les campagnes de vaccination, ou encore l’appui à la résilience des populations face aux catastrophes climatiques. En 2024, l’USAID allouait plus de 64 milliards de dollars à l’aide humanitaire, soit 42% de l’aide humanitaire mondiale. Ce chiffre plaçait logiquement les États-Unis comme premier bailleur d’aide humanitaire au monde.

 

Le gouvernement Trump décide de supprimer l’USAID

Le 20 janvier 2025, quelques heures après sa prestation de serment, le président Trump signe le décret présidentiel 14169, intitulé Reevaluating and Realigning United States Foreign Aid. Ce texte suspend immédiatement tous les décaissements de l’USAID pour une durée de 90 jours, en vue d’un audit général.

Moins de deux semaines plus tard, le gouvernement annonce que l’agence sera définitivement dissoute. L’ensemble de ses activités est soit annulé, soit transféré au Département d’État, dans une logique de centralisation diplomatique. Le Département de l’Économie et de l’Efficacité Gouvernementale (DOGE), dirigé par Elon Musk, affirme alors avoir identifié des milliards de dollars de « dépenses injustifiées » et dénonce une « inefficacité chronique ».

Elon Musk va jusqu’à accuser l’USAID « d’organisation criminelle » qui  « doit mourir ». Malgré un démantèlement inconstitutionnel selon un tribunal fédéral, le gouvernement Trump obtient gain de cause.  Le 1er juillet 2025, la fermeture administrative de l’USAID devient effective. Près de 10 000 personnes perdent leur emploi, et des milliers de partenariats avec des ONG sont rompus ou gelés, souvent sans préavis. Au total 94 % des employés ont été licenciés et 83 % des programmes de l’agence supprimés.

 

Les critiques adressées à l’USAID

Si cette décision a suscité de nombreuses réactions à l’échelle internationale, il est important de rappeler que l’USAID a aussi fait l’objet de critiques, parfois anciennes et récurrentes, aux États-Unis comme à l’étranger.

Parmi les reproches régulièrement adressés à l’USAID au fil du temps, la question de l’efficacité budgétaire a souvent occupé une place centrale. Certains responsables politiques américains ont exprimé des doutes quant à l’utilisation optimale des ressources publiques. Ils pointaient notamment une structure administrative jugée complexe, une chaîne décisionnelle longue et des redondances avec d’autres agences fédérales. Ce regard critique sur la gestion des fonds a souvent nourri les débats.

L’agence a également été au cœur de controverses liés à la nature de certains projets menés sur le terrain, en particulier ceux portant sur la santé reproductive, l’éducation sexuelle ou les droits des minorités LGBTQIA+. Ces thématiques, bien qu’inscrites dans une logique de santé publique ou de promotion des droits humains, ont parfois été perçues comme en décalage avec les réalités culturelles ou les sensibilités politiques de certains pays partenaires. Dans ce contexte, les actions de l’USAID ont pu être accusées d’une volonté d’occidentalisation. Aux États-Unis aussi, ces programmes ont pu faire l’objet de contestation, notamment parmi les élus les plus conservateurs.

L’histoire de l’USAID est riche, et possède quelques zones d’ombre. Dans plusieurs cas, notamment à Cuba, au Venezuela ou en Iran, l’USAID a été accusée de porter des ambitions géopolitiques.  Les gouvernements locaux ont reproché à l’agence américaine de soutenir des mouvements d’opposition à travers des programmes officiellement destinés à renforcer la société civile ou promouvoir la démocratie. Bien que l’agence se défende de toute visée partisane, ces perceptions ont pu alimenter une certaine méfiance à l’égard de son action.

Enfin, la question de la transparence et de la redevabilité a parfois été soulevée, en particulier en ce qui concerne le recours massif à la sous-traitance. Une partie significative des fonds transitaient par de grandes entreprises ou des consultants privés, principalement basés aux États-Unis. Cette délégation d’exécution a pu compliquer l’évaluation de l’impact réel de certains projets sur le terrain, et susciter des interrogations quant au rapport coût-efficacité de certaines interventions.

Ces critiques, bien qu’existantes, n’occultent pas l’impact massif que l’USAID a pu avoir sur des dizaines de millions de vies au fil des décennies. Selon les données officielles de l’agence, entre 2003 et 2023, l’initiative PEPFAR aurait permis à elle seule de sauver plus de 25 millions de vies grâce à l’accès aux antirétroviraux pour les personnes vivant avec le VIH. Dans le secteur de la vaccination, les programmes soutenus par l’USAID ont contribué à immuniser plus de 3 milliards d’enfants contre des maladies évitables telles que la rougeole ou la poliomyélite. En matière d’aide alimentaire, l’agence distribuait chaque année l’équivalent de 1,5 million de tonnes de denrées dans les zones touchées par les crises humanitaires, de la Corne de l’Afrique au Yémen, en passant par Haïti.

 

L’étude du Lancet : un bilan humain déjà lourd

Le 1er juillet 2025, date officielle du démantèlement de l’USAID, la prestigieuse revue médicale The Lancet a publié une étude d’impact prospective sur les conséquences de sa disparition. Les résultats sont alarmants.

Selon cette modélisation, si les coupes sont maintenues dans la durée cela représentera 14 millions de décès évitables pouvant survenir d’ici 2030, dont 4,5 millions enfants de moins de cinq ans.

L’arrêt du programme PEPFAR, qui fournissait antirétroviraux et dépistage gratuit à des millions de personnes vivant avec le VIH, entraînerait un rebond massif de l’épidémie en Afrique subsaharienne. Seront également concernés, les programmes de vaccination, de nutrition infantile, et d’assainissement de l’eau dans plusieurs dizaines de pays en développement. Quant aux organisations partenaires dépendantes des financements de l’USAID, nombreuses sont celles qui ont déjà cessé leurs activités.

La communauté internationale, mais aussi certaines personnalités américaines, ont exprimé leur inquiétude. L’ancien président George W. Bush a qualifié la décision de « tragique », tandis que l’ancien secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a évoqué une « onde sismique humanitaire ».

 

Des enjeux globaux

Même si la Fédération internationale des Petits Frères des Pauvres, ainsi que ses membres, ne sont pas directement affectées par cette décision brutale, il semble essentiel de mettre en lumière ses conséquences catastrophiques. Le démantèlement de l’USAID représente un véritable tsunami au sein du monde humanitaire et associatif. Des milliers d’organisations vont disparaitre à travers le monde, laissant sur le bas-côté leurs salariés, mais surtout les millions de personnes bénéficiaires de leurs actions. Lorsque des filets de sécurité disparaissent, ce sont des millions de personnes vulnérables qui basculent dans l’extrême précarité. Les premiers concernés par la disparition de l’USAID seront les personnes dépendantes de ses actions. Les plus fragiles trinqueront.

Afin de constater les impacts concrets du démantèlement d’USAID, Amnesty International s’est rendu sur le terrain. L’ONG est allée à la rencontre d’acteurs locaux, à travers le monde, pour constater les conséquences regrettables de cette décision. Nous vous invitons à lire l’article ci-joint pour comprendre la réalité des enjeux : Démantèlement de l’USAID : quelles conséquences observe-t-on déjà sur le terrain ? – Amnesty International France

 

 

 

 

En tant qu’acteurs de la solidarité internationale, la Fédération internationale des Petits Frères des Pauvres pense que la solidarité n’a pas de frontières. Au sein de notre réseau, notre mission commune est de lutter contre l’isolement et la précarité des personnes âgées. Les problématiques sont universelles, nous croyons que la solidarité doit l’être également. Pour agir efficacement ensemble, nous prônons le partage d’expertise, l’entraide, et la mutualisation des forces.

C’est la raison pour laquelle nous tenions à relayer ces faits, en toute indépendance, pour alerter sur le drame humanitaire qui est en cours. L’enjeu impose de clarifier le contexte, et redonner à chacun les éléments de compréhension pour aborder cette situation. Les conséquences directes sont concrètes, et désormais connues pour les populations concernées. Cette décision n’est pas simplement politique ou financière, elle influence directement des millions de vies humaines.

 

 

 

Sources :

Evaluating the impact of two decades of USAID interventions and projecting the effects of defunding on mortality up to 2030: a retrospective impact evaluation and forecasting analysis – The Lancet

Bush teams up with notorious Trump foes to trash ‘colossal mistake’ shuttering USAID

Suppression des financements de l’Usaid : « Dans la vision de boutiquier de Donald Trump, ce qui est donné aux uns, surtout aux Etats africains, est forcément pris aux autres »

USAID : le démantèlement de l’agence américaine compromet les efforts de solidarité internationale – Action contre la Faim

Agence des États-Unis pour le développement international — Wikipédia

U.S. Agency for International Development

En Afrique, l’onde de choc du retrait de l’Usaid sur la protection de la nature

Fin de l’USAID : conséquences internationales et multisectorielles – IRIS

Reevaluating And Realigning United States Foreign Aid – The White House U.S. seals USAID’s fate as State Department takes over foreign aid — What this means for Africa | Business Insider Africa

U.S. seals USAID’s fate as State Department takes over foreign aid — What this means for Africa | Business Insider Africa

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